Togo : le programme BIOFIN prépare un premier plan national pour financer la biodiversité

Par Produits BIO

Au Togo, les autorités environnementales avancent vers l’élaboration d’un premier plan national de financement dédié à la biodiversité, avec l’appui du programme BIOFIN (Biodiversity Finance Initiative). L’objectif affiché est de mieux organiser les ressources existantes, d’identifier les besoins réels et de mobiliser de nouveaux financements, publics comme privés, pour la protection des écosystèmes. La démarche s’inscrit dans un contexte où les pays sont attendus sur la mise en uvre de leurs engagements internationaux, tandis que les pressions sur les milieux naturels, agriculture, urbanisation, exploitation du bois, restent fortes.

Dans de nombreux États, les politiques de conservation se heurtent à une difficulté récurrente, l’écart entre les ambitions et les moyens. Le lancement d’un travail structuré autour d’un plan de financement vise à documenter cet écart et à proposer des solutions opérationnelles. Pour Lomé, l’enjeu est aussi de disposer d’un cadre lisible pour dialoguer avec les bailleurs, orienter les dépenses nationales et attirer des investissements compatibles avec la préservation des habitats, des forêts et des zones humides.

BIOFIN au Togo, cartographier les budgets et mesurer le déficit de financement

Le programme BIOFIN, porté au niveau international par le PNUD, repose sur une méthode en plusieurs étapes, analyser les dépenses existantes, estimer les besoins et proposer un plan d’action financier. Au Togo, cette approche commence par un travail de cartographie des flux, budgets de l’État, projets financés par les partenaires techniques et financiers, contributions d’organisations non gouvernementales, et mécanismes locaux liés à la gestion des ressources naturelles.

L’un des points techniques consiste à distinguer ce qui relève de la biodiversité de ce qui relève plus largement de l’environnement ou du développement rural. Cette clarification est déterminante pour produire des chiffres exploitables. Des dépenses agricoles peuvent, selon leur nature, soutenir la conservation, par exemple via l’agroforesterie, ou au contraire accroître la pression sur les habitats. Le plan de financement vise à mettre en évidence ces arbitrages, afin de réduire les incohérences entre politiques publiques.

La mesure du déficit de financement constitue une autre étape structurante. Elle revient à comparer les ressources mobilisées aujourd’hui avec les montants nécessaires pour atteindre des objectifs nationaux, protection d’aires clés, restauration de zones dégradées, lutte contre les espèces envahissantes, suivi scientifique. Dans plusieurs pays engagés dans BIOFIN, les résultats ont montré que l’essentiel des fonds provenait encore de projets extérieurs, ce qui rend l’action dépendante des calendriers des bailleurs. Le travail togolais doit permettre d’objectiver ce niveau de dépendance et de proposer des leviers de stabilisation.

Ce type de diagnostic n’a pas uniquement une portée comptable. Il sert de base à des décisions politiques, prioriser des actions, sécuriser des lignes budgétaires, et identifier des sources supplémentaires. Dans un pays où les besoins sociaux sont élevés, la question centrale reste l’efficacité, comment financer la conservation sans fragiliser d’autres priorités, tout en évitant que la perte de biodiversité ne génère des coûts futurs plus lourds, érosion des sols, baisse de productivité agricole, raréfaction de l’eau.

Le plan national vise taxes, partenariats privés et financements climatiques

Une fois le diagnostic établi, l’étape attendue est la construction d’un plan national de financement combinant plusieurs instruments. Les options généralement étudiées dans les cadres BIOFIN incluent des ajustements fiscaux, des redevances ciblées, ou des mécanismes de compensation. Au Togo, ces pistes peuvent concerner des secteurs à impact, exploitation forestière, carrières, infrastructures, tout en évitant de créer des dispositifs difficiles à appliquer. La crédibilité du plan dépendra de la capacité à proposer des mesures simples, contrôlables et socialement acceptables.

Le volet privé occupe une place croissante dans les stratégies de financement de la nature. Il peut passer par des partenariats public-privé pour la restauration de paysages, la gestion de bassins versants ou la sécurisation de chaînes d’approvisionnement agricoles. Les entreprises exportatrices, notamment dans les filières cacao, café ou coton selon les zones, sont de plus en plus sollicitées par des exigences de traçabilité et de durabilité. Un plan national peut servir de cadre pour orienter ces investissements vers des actions vérifiables, reboisement, protection de ripisylves, réduction des feux de brousse.

Les financements liés au climat représentent un autre levier, car une partie des actions biodiversité contribue aussi à l’atténuation et à l’adaptation. La restauration forestière ou la protection des mangroves, lorsqu’elles existent, peuvent générer des co-bénéfices carbone et réduire la vulnérabilité aux événements extrêmes. Le plan togolais pourrait chercher des articulations avec des guichets internationaux, tout en posant des garde-fous méthodologiques, suivi des résultats, transparence des flux, et bénéfices pour les communautés riveraines.

La réussite dépendra enfin de la gouvernance. Un plan de financement n’a d’effet que s’il se traduit par des décisions budgétaires, des responsabilités clairement attribuées et un suivi public. Les acteurs attendent généralement un dispositif de pilotage associant ministères, collectivités, société civile et partenaires. Pour le Togo, disposer d’un document de référence peut renforcer la cohérence des projets sur le terrain et réduire la dispersion des initiatives. L’enjeu est de transformer une ambition, protéger la biodiversité, en un programme finançable, chiffré et contrôlable dans la durée.

Questions fréquentes

À quoi sert un plan national de financement de la biodiversité au Togo ?
Il sert à recenser les dépenses actuelles liées à la biodiversité, estimer les besoins pour atteindre les objectifs nationaux, puis définir des sources de financement réalistes, budgets publics, appuis extérieurs et contributions privées, avec un cadre de suivi.
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