Les cascadeuses gagnent en visibilité sur la RTS, un métier encore précaire et peu crédité

Par Produits BIO

Les cascadeuses, longtemps cantonnées à l’ombre des plateaux, gagnent en visibilité avec un sujet diffusé sur la RTS. Le reportage met en avant un métier technique, exposé et encore fragile sur le plan social, où la reconnaissance ne suit pas toujours l’augmentation de la demande. Dans le cinéma, les séries et la publicité, les scènes d’action se multiplient, portées par des standards visuels plus élevés et par l’essor de productions destinées au streaming. De ce fait, les équipes de cascades sont sollicitées plus tôt dans la préparation, mais les conditions de travail restent très variables selon les budgets et les pays.

Le sujet rappelle aussi une réalité persistante, une cascade réussie se voit, la personne qui l’exécute se voit rarement. Les crédits à l’écran, les mentions dans les dossiers de presse et l’accès aux interviews restent centrés sur les têtes d’affiche. Pour les professionnelles, cette invisibilité pèse sur la carrière, car le recrutement se fait largement par réseau et par réputation. La question de la traçabilité du travail, qui a fait quoi, dans quelles conditions, devient un enjeu concret, notamment pour prouver l’expérience et négocier les contrats suivants.

La RTS documente l’entraînement et les risques des cascadeuses

Le reportage de la RTS insiste sur la dimension sportive et méthodique du métier. Une cascadeuse ne se limite pas à tomber ou se battre devant une caméra. Elle s’entraîne en arts martiaux, en gymnastique, en conduite, parfois en équitation, et répète des gestes calibrés au centimètre. Les chorégraphies de combat se travaillent comme de la danse, avec des repères de vitesse, d’angle et de distance pour préserver la sécurité tout en donnant une impression de violence. Cette préparation se fait en amont, en salle, puis sur le décor, avec des ajustements liés à la lumière, aux objectifs et aux contraintes de mise en scène.

Les risques restent centraux, même avec des protocoles. Les chutes, les brûlures, les traumatismes articulaires et les commotions figurent parmi les accidents typiques. Les équipes utilisent des protections, des harnais, des câbles, des tapis de réception, et des doublures de costumes adaptées. Mais une action peut se dégrader pour des raisons banales, une surface humide, un accessoire mal positionné, une fatigue accumulée. La répétition réduit l’incertitude, mais ne l’annule pas, ce qui explique l’importance des coordinations et des briefings sécurité juste avant la prise.

Le sujet met aussi en évidence la place du coordinateur de cascades, pivot entre réalisation, production et interprètes. C’est lui qui chiffre le temps de répétition, définit les protections, valide la faisabilité et peut refuser une demande jugée trop dangereuse. Dans les productions structurées, la cascadeuse obtient une fiche claire, description de l’action, nombre de prises, conditions météo tolérées, plans de secours. Dans des contextes plus tendus, la pression du planning et du budget peut pousser à aller vite, ce qui augmente le risque d’erreur.

La question du genre apparaît en filigrane. Les cascadeuses sont attendues sur des doublures féminines, mais leur palette d’actions s’élargit, combats, chutes en hauteur, conduite dynamique. Cette diversification suppose un accès égal aux entraînements, aux stages et aux réseaux, ce qui n’est pas automatique. Les professionnelles interrogées soulignent qu’elles doivent souvent prouver davantage leur niveau technique pour être rappelées, surtout sur des scènes perçues comme physiques ou dangereuses.

Crédits, salaires et assurances, la reconnaissance reste inégale en Suisse

Au-delà du spectacle, le reportage pose la question des conditions de travail. Les cachets varient selon la complexité de la scène, le nombre de jours, la notoriété et le niveau de risque. Dans certains cas, une cascadeuse est payée à la journée, avec un supplément pour une action spécifique, chute, feu, impact, conduite. Mais la standardisation des grilles n’est pas uniforme, et la négociation se fait souvent au cas par cas. De plus, l’absence de mention visible au générique peut freiner l’accès à des projets mieux rémunérés, faute de preuve simple de participation.

Les enjeux d’assurance sont déterminants. Une cascade implique des risques professionnels élevés, ce qui exige des couvertures adaptées, pour les blessures immédiates comme pour les séquelles. Les productions sérieuses exigent des certificats et imposent des visites médicales selon les actions. Mais sur des tournages plus modestes, la frontière peut devenir floue, qui prend en charge quoi, à partir de quel moment, et avec quelles exclusions. En Suisse, où les tournages restent souvent de taille moyenne, la capacité d’une production à absorber un arrêt de travail ou une évacuation médicale pèse directement sur la décision de faire ou non une cascade réelle.

Le sujet de la RTS rappelle aussi la concurrence d’outils numériques. Les effets visuels permettent de réduire certains risques, effacer un câble, prolonger une chute, simuler un impact. Mais ces techniques ne remplacent pas tout, car une action crédible dépend du mouvement, du timing, de la réaction du corps. Dans les faits, le numérique déplace parfois le travail, il faut tourner des éléments plus propres, répéter pour offrir plusieurs options, et accepter que le montage final modifie la lisibilité de la performance.

Enfin, la structuration du métier progresse, notamment via des collectifs et des réseaux professionnels qui partagent des standards de sécurité, des recommandations de rémunération et des contacts de coordinateurs. Cette organisation vise aussi à éviter l’isolement, car la précarité se joue sur des détails, une blessure qui empêche de travailler, un trou de plusieurs mois entre deux contrats, ou une scène effectuée sans cadre clair. La visibilité offerte par la RTS contribue à documenter ces réalités, sans transformer le métier en simple curiosité télévisuelle.

Questions fréquentes

Pourquoi les cascadeuses restent-elles peu visibles à l’écran ?
Elles apparaissent rarement au premier plan car leur travail consiste à doubler des interprètes, et la communication des productions privilégie les têtes d’affiche. L’absence de crédits systématiques et la diffusion limitée des informations sur les équipes techniques entretiennent cette invisibilité, ce qui complique aussi la preuve d’expérience pour négocier de nouveaux contrats.
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